Founded by Laurent Auxietre, Le Manuscrit Français specializes in the sale and acquisition of letters, manuscripts, and iconographic documents from the great figures of the past.
Established in 2017, the gallery has become a recognized reference in the market and collaborates with some of the most prestigious private collections and institutions around the world.
All our documents undergo a rigorous selection process: we are committed to offering remarkable pieces distinguished both by their content and their rarity. Our eclectic collection is structured around two main areas: arts and literature on the one hand, history and science on the other. These letters and manuscripts combine emotion, historical insight, and factual objectivity.
Arthur RIMBAUD
(1854-1891)
Autograph letter signed ‘Rimbaud’ to his family
Aden, 10 September 1884
4 pp. in-8° in black ink on laid paper
In a modern black half-maroquin folder
Imbued with fatalism, Arthur Rimbaud recounts his difficult life in Aden
One of his finest travel letters still in private hands
« Mes chers amis,
Il y a longtemps que je n’ai reçu de vos nouvelles : j’aime cependant à croire que tout va bien chez vous et je vous souhaite bonnes récoltes et long automne. Je vous crois en bonne santé et en paix comme d’ordinaire.
Voici le troisième mois de mon nouveau contrat de six mois, qui va être passé. Les affaires vont mal, et je crois que fin décembre j’aurai à chercher un autre emploi, que je trouverai d’ailleurs facilement, je l’espère. Je ne vous ai pas envoyé mon argent parce que je ne sais pas où aller, je ne sais pas où je puis me trouver prochainement, et si je ne pourrai pas employer ces fonds dans quelque petit trafic lucratif.
2° Il se pourrait que, dans le cas où je doive quitter à Aden, j’aille à Bombay, où je trouverai à placer ce que j’ai à fort intérêt sur des banques solides, et je pourrai presque vivre de mes rentes : 6.000 roupies à 6% me donnerait 360 roupies par an, soit 2 francs par jour, et je pourrais vivre là-dessus en attendant des emplois.
Celui qui n’est pas un grand négociant pourvu de fonds ou crédits considérables, celui qui n’a que de petits capitaux, ici risque bien plus de les perdre que de les voir fructifier, car on est entouré de mille dangers, et la vie, si on veut vivre un peu confortablement, vous coûte plus que si vous ne gagnez, car les employés en Orient à présent son aussi mal payés qu’en Europe, leur sort u est même bien plus précaire, à cause des climats funestes et la vie énervante qu’on mène. – Pour moi je suis à peu près acclimaté à tous ces climats, froids ou chauds, frais ou secs, et je ne risque plus d’attraper les fièvres ou autres maladies d’acclimatation, mais je sens que je me fais très vieux très vite, dans ces métiers idiots et ces compagnies de sauvages ou d’imbéciles.
Enfin, vous le penserez comme moi, je crois, du moment que je gagne ma vie ici, et puisque chaque homme est esclave en cette fatalité misérable, autant ici qu’ailleurs où je suis inconnu ou bien où l’on m’a oublié complètement et où j’aurai à recommencer ! Tant donc que je trouverai mon pain ici, ne dois-je pas y rester, tant que je n’aurai pas de quoi vivre tranquille et il est plus que probable que je n’aurai jamais de quoi, et que je ne vivrai ni ne mourrai tranquille. Enfin, comme disent les musulmans : C’est écrit ! – C’est la vie, elle n’est pas drôle.
L’été finit ici fin septembre, et dès lors nous n’aurons plus que 25 à 30 centigrades dans le jour et de 20 à 25 la nuit, c’est ce qu’on appelle l’hivers ici. Tout le littoral de cette sale mer Rouge est ainsi torturé par les chaleurs. Il y a un bateau de guerre français à Obok où sur 70 hommes composant tout l’équipage 65 sont malades des fièvres tropicales, et le commandant est mort hier. Encore à Obok, qui est à quatre heures de vapeurs d’ici, fait-il plus frais qu’à Aden. Mais ici c’est très sain, et c’est seulement énervant par l’excès des chaleurs.
Et le fameux Frédéric, est-ce qu’il a fini ses escapades ; qu’est-ce que c’est que ces histoires ridicules que vous me racontiez sur son compte ? Il est donc poussé par une frénésie de mariage, cet homme-là. Donnez-moi des nouvelles de tout cela.
Bien à vous,
Rimbaud.
Maison Bardey, Aden. »
This letter conveys a sense of utter fatalism, as if Rimbaud were drawing conclusions from everything he tells his family, from everything he endures in the lands where he has come in the hope of earning a living.
Rimbaud, as if setting aside the practical, commercial and climatic issues he discusses, expresses his understanding of life and the meaning of life: ‘every man is a slave to this wretched fate’ from which, whether here or elsewhere, he cannot escape. This sense of fate, and of ‘wretched fate’, expressed here, far from Europe, had already been articulated in that great programmatic text, A Season in Hell. And however radical the break may have been, and however real the estrangement of someone who wished to flee all sentiment and all philosophical heritage, the idea of man as a ‘slave’ to fate returns to him like the eye of Cain, whose presence he has verified, ‘as much here as elsewhere’.
‘I abhor misery,’ wrote Rimbaud, in the ‘Farewell’ of A Season in Hell. He imagined then that he could free himself from Christian law, from the curse of his baptism. Life, misery and fate caught up with him, to the point where all he could do was quote the creed of another religion, that of ‘the Muslims’: ‘It is written’. He remained the godless man he had been as he emerged from adolescence, except when it came to heeding what religions say about universal misery and the tragic fate of every human being.
Since there is only ‘life’, and since life is ‘no fun’, one might as well live ‘here as elsewhere’, writes Rimbaud, before adding: ‘better even here than elsewhere’. But does he really mean it? The attention he pays to his family, to everything he has left behind and from which, in accordance with a well-known existential paradox, distance brings him closer, suggests a different sentiment. We are familiar with this terrible logic of nostalgia, which the Romantics celebrated and which is merely a way of experiencing dissatisfaction: the fir tree, in the snow, dreams of the Eastern sun, and the Egyptian palm tree of northern frosts. This is the meaning of Rimbaud’s life, as revealed by this letter and the sentiment it conveys, which trivialises human misery.
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